| Soutenir la grève générale! |
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| Ecrit par Pierre beauvois | |
| 10-02-2006 | |
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Ce vendredi 28 octobre la Belgique connaîtra pour la deuxième fois en un mois une journée de grève générale, celle-ci étant accompagnée d'une manifestation nationale à Bruxelles. Cette grève sera « exceptionnelle » à plus d'un titre et sur des aspects bien différents car elle marque une étape dans l'évolution sociale de notre pays. Elle est d'importance en soi, car elle marque un réveil des travailleurs face aux offensives, que nous connaissons depuis une décennie, contre la sécurité sociale.
En partant des plus faibles, et en remontant « la classe ouvrière », les derniers gouvernements ont d'abord maintenu les sans papier dans la clandestinité et la précarité facilitant leur exploitation dans le travail au noir; puis ils ont conditionné l'accès au minimum vitale en transformant le Minimex en RIS (revenu d'insertion sociale) dont le bénéfice est conditionné à une disponibilité à démontrer pour le marché de l'emploi, démarche qu'ils ont ensuite appliqué aux demandeurs d'emploi par la « chasse aux chômeurs » les contraignant à démontrer leurs efforts de recherche d'un emploi qui n'existe pas. Aujourd'hui c'est l'ensemble des systèmes de retraites et de préretraites qui subit l'offensive du patronat, et des ses exécuteurs au gouvernement. Ce sont donc les droits dérivés des travailleurs qui sont visés, le compromis de l'après guerre remis en cause car il détourne, aux yeux des actionnaires, trop de richesses de leurs poches vers une répartition au bénéfice de l'ensemble de la société. Demain verra-t-on sans doute des offensives encore plus directes, dont des directives européennes (comme la directive « Bolkestein ») sont déjà les prémisses. On n'a déjà commencé à nous expliquer que nos salaires sont trop élevés, que les prélèvements sont trop importants, qu'il faut garantir la compétitivité dans une économie mondialisée, etc. ?? Une belle coalition s'est formée pour mener à bien cette offensive réactionnaire : Commission européenne (directives sur les taux d'emploi et sommet de Lisbonne), patronat européen et belge, gouvernement (ministres bleu et rose confondus), la grande presse (qui relaie la propagande la plus basique sans vérification) et même (pour un temps) directions syndicales, et plus particulièrement la CSC. C'est ici que l'on trouve les éléments les plus frappants de conversion d'organisations nées du mouvement ouvrier en courroie de transmission des desiderata du capital. Les propos des ministres socialistes, Onkelinx en tête, et les publications dans la presse faites par la direction de la CSC, marquent une servilité profonde. Il est bien loin le temps où Verhofstatd promettait de créer 200.000 emplois, et pourtant les moyens ne manquent pas (plus de 2 milliard d'euros de réduction de cotisations patronales en trois ans... sans un emploi de plus !) ... mais pour cela il faudrait d'autres politiques puisque finalement l'emploi n'est pas l’objectif ni pour le patronat, ni pour le gouvernement; leurs mobils réels se nomment « profit » et « croissance ». Et contrairement à ce qu'ils se plaisent à répéter... l'emploi n'accompagne pas forcément ce cortège ! On peut avoir les deux premiers sans avoir le troisième, qui n'est d'ailleurs pas toujours très souhaitable pour la santé des deux premiers. L'OCDE, et quelques autres institutions internationales, sont d'ailleurs bien moins hypocrites sur le sujet en conseillant aux différents gouvernements de bien veiller à conserver un « volant d'emploi » (lire « nombre de chômeurs ») d'au moins 10% afin de contrôler l'inflation en faisant pression sur les salaires par la peur du chômage. (voir « Nairu » sur Internet). Mais les voilà peut-être pris à leur propre piège, l'arrogance patronale et gouvernementale, si bien relayée par la presse, est venue renforcer et alimenter la révolte déjà présente chez nombre de travailleurs, rien que sur la question des retraites et préretraites. Ce vendredi, beaucoup manifesteront autant contre le mépris du patronat et des politiques que pour défendre leurs droits en matière de sécurité sociale. D'après les échos qui nous parviennent, la mobilisation aura une ampleur qu'on n’a plus connue depuis des décennies. Malheureusement, même si la grève parvient à faire reculer le gouvernement sur quelques points précis, l'absence d'un débouché politique viable hypothèque ses perspectives. Là se trouve la responsabilité politique de la gauche radicale en Belgique, son incapacité à s'unir et à fonder une alternative crédible à la fois à la social-démocratie (dont plus aucun retour à ses origines n'est à espérer) et aux verts (dont l'inconsistance politique persiste après leur lamentable participation gouvernementale). Ainsi, pour changer la politique en Belgique, la question essentielle reste bel et bien, et toujours, celle de la recomposition politique à gauche, à partir de la gauche radicale, associative et environnementale. Pierre BEAUVOIS |

