 Il y a 59 ans, Julien Lahaut alors député communiste et président du PCB était assassiné sur la pas de sa porte par des tueurs à gage proches de l'extrême-droite royaliste. Malgré des preuves accablantes, le dossier a été clos en 1972. Depuis 59 ans, le parti communiste se bat afin que toute la vérité soit faite sur cet assassinat politique. Depuis 2000 nous réclamons une commission d'enquête parlementaire. Ce 18 août 2009, une petite centaine de personnes était présente au cimetières des Biens Communaux de Seraing afin de rendre hommage à Julien Lahaut. A cette occasion, le secrétaire politique de la fédération de Liège du PC et porte-parole national du PC, Pierre EYBEN, a prononcé un discours que nous reproduisons ici.
Mesdames Messieurs bonjour et merci à vous d’être présents. Pourquoi, 59 ans après sa mort, sommes-nous encore présents en cette après-midi d’août ensoleillée afin de rendre hommage à Julien Lahaut, « l’homme qui portait le soleil dans sa poche et en donnait un morceau à chacun » ? Nous le sommes avant tout pour deux raisons fondamentales : la première est la soif de vérité qui est celle de tout démocrate face à ce crime impuni, la seconde la conviction que cet assassinat politique porte des enseignements pour toutes celles et ceux qui prétendent aujourd’hui transformer la société. Soif de vérité car depuis 59 ans tout est fait pour étouffer cet assassinat politique. L’affaire jamais véritablement instruite a été close en 1972 malgré des témoignages accablants. Dès la moitié des années 80, les historiens flamands Etienne Verhoyen et Rudy Van Doorselaer ont révélé le nom de l’assassin et de nombreux détails sur le parcours du tueur décédé. Jamais pourtant on ne rouvrit le dossier. A contre courant, quelques parlementaires ont poursuivi le combat. Le mercredi 5 novembre 2008, la Commission de la Justice du Sénat s’est penchée sur deux propositions de loi concernant l’assassinat de Julien Lahaut. La première proposition était la demande de mise en place d’une Commission d’enquête Julien Lahaut, composée de huit sénateurs, chargés de faire la lumière sur son assassinat ainsi que sur les dysfonctionnements de l’enquête. Cette proposition portée notamment par le Sénateur Josy Dubié correspond à celle formulée dès 2000 par le Parti Communiste et soutenue par de plus de 250 personnalités politiques, syndicales, et associatives belges. Cependant, plusieurs membres de la Commission de la Justice, parmi lesquelles le sénateur, mais également baron, Françis Delpérée, ont tout fait afin de bloquer celle-ci. Notre Royaume a encore ses valets. L’autre proposition, moins ambitieuse, visait à demander une étude scientifique préalable au CEGES. Cette proposition est passée avec un délai de réalisation de 6 mois. Nous entendons qu’il ne s’agisse pas d’une nouvelle mise au frigo de l’affaire. L’an prochain, nous commémorerons les 60 ans de l’assassinat de Julien Lahaut. Si notre pays veut s’enorgueillir un peu du qualificatif de « démocratie », la lumière doit être définitivement faite d’ici là. Les responsabilités des milieux royalistes liés à l’extrême-droite, ainsi que les appuis dont ils ont bénéficié doivent être révélés. Nous appelons solennellement tous les élus démocrates à porter avec force au Parlement notre combat pour la vérité. Le parti communiste souhaite par ailleurs à l’occasion de ce triste 60ième anniversaire organiser une série d’activités afin d’honorer à sa juste mesure la mémoire de Julien Lahaut. Nous souhaitons le faire avec la ville de Seraing et avec tous les progressistes qui souhaitent se joindre à nous. Deux raisons fondamentales d’être présents ai-je dit. La seconde est la conviction que cet assassinat porte des enseignements pour celles et ceux qui aujourd’hui prétendent transformer la société. Une jolie chanson de Jean-Jacques Goldman intitulée « Né en 17 à Leidenstadt » s’interroge sur la façon dont nous aurions agi plongés dans le grand bain de l’Histoire. Pour Lahaut il n’est pas de doute possible. Julien Lahaut a été de toutes les campagnes contre le fascisme : contre la Légion Nationale en 1924, contre REX ; pour le communiste allemand Thaelmann, pour le communiste italien Gramsci. Le 1er mai 1933, accompagné d’ouvriers et de démocrates liégeois, il arrachait en compagnie de Françoise Longchamps le drapeau à croix gammée qui flottait sur le Consulat allemand à Liège. Quelques jours plus tard, à la Chambre, il était le premier homme politique belge à dénoncer les crimes hitlériens et le danger fasciste et, devant des députés médusés il déchirait le drapeau nazi en s’écriant : « Voila le drapeau nazi qu’à Liège, ont arraché les ouvriers communistes et socialistes unis. Quoi que vous fassiez, ils continueront dans le pays la lutte contre les traîtres et les valets d’Hitler ! ». C’est une cruelle leçon de l’histoire que de voir aujourd’hui en Israël un parti membre de l’internationale socialiste gouverner avec l’extrême droite d’Avigdor Liebermann. En 1936, il mena campagne pour l’Espagne républicaine, en lutte contre le fascisme franquiste, soutenu par Hitler et Mussolini. Quand les premiers enfants espagnols arrachés à la faim et aux bombardements arrivèrent en Belgique, il en prit trois chez lui. En novembre 1938, il n’hésita pas à crier son dégoût de Spaak qui fut le premier ministre européen à reconnaître le gouvernement fasciste de Franco. Grèves de 1902, 1908, 1913, 1920, 1921,1932, 1936. Julien Lahaut a été à la tête de toutes les luttes. Pour son engagement, il a été poursuivi, arrêté, condamné, exclu du syndicat, exclu du POB. Avant 1941, il avait déjà passé 43 mois en prison. En janvier 1941, il s’opposea à Degrelle et dirigea la grève des 100.000 en mai 1941. Il fut arrêté le 23 juin 1941. Après avoir été torturé au Fort de Huy, en 1944, il fut déporté au camp d’extermination de Mauthausen où il demeura jusqu’en 1945. Son courage y sera loué par tous. Lorsqu’il fut assassiné, Julien Lahaut était un député communiste, il était le président du parti communiste et nous sommes fiers d’avoir compté en nos rangs un homme de cette valeur. Mais il est une figure qui transcende cette appartenance. Les jeunes gens de mon âge ont peine à imaginer la secousse profonde qu’a constitué pour la classe ouvrière et même plus globalement pour tout le peuple de gauche son assassinat. 300.000 personnes dans les rues de Seraing. 300.000. Le 22 août 1950, la vie à Liège s’est arrêtée. Tout fut plongé dans le silence. Les cheminées cessèrent de fumer. Les tramways et les autobus stoppèrent. Les travailleurs de la province de Liège firent grève en signe de deuil. La Fédération générale du travail, soutint l’initiative des ouvriers. Le jour de l’enterrement, les mineurs de Charleroi et du Borinage débrayèrent. Des manifestations de soutien eurent lieu à travers toute l’Europe. Julien Lahaut voulait changer l’ordre établi, il voulait révolutionner la société, abolir l’esclavage par le travail, construire une société d’hommes libre et émancipés, une société communiste au sens où nous l’entendons dans mon parti. C’est pour cela qu’il a été assassiné, comme avant lui Rosa Luxembourg, comme après lui Salvador Allende, parce que le projet universel qu’il portait avec tant de fougue et de sincérité faisait peur à certains puissants. Cette leçon, est immuable. Nous devons en tenir compte. On associe souvent aux révolutionnaires, à celles et ceux qui souhaitent profondément changer nos sociétés, une image de violence. Mais la violence est pour l’essentiel le fait de forces réactionnaires qui souhaitent préserver leurs privilèges, les privilèges du sang consubstantiels à toutes les monarchies du monde, les privilèges du pouvoir économique de ceux qui possèdent les usines, les banques, la bourse, les privilèges du pouvoir politique, du pouvoir judiciaire, du pouvoir militaire. Hier au Venezuela à l’encontre d’Hugo Chavez, aujourd’hui au Honduras à l’encontre de Manuel Zelaya, l’histoire se répète inlassablement, tristement. Julien Lahaut nous apprend à toutes et tous que le chemin de la révolution par les urnes et par la lutte sociale qui est le nôtre est un chemin dangereux qu’il faut parcourir en démocrate mais avec détermination et sans angélisme. Alors que la crise du capitalisme s’étend, celles et ceux qui proposent un autre modèle que le capitalisme auront à prendre leurs responsabilités dans les années à venir. Ici également. La nécessité de protéger les luttes, de multiplier les personnes à même de les incarner, de ne pas laisser aux forces réactionnaires le soin d’écrire l’histoire, c’est un message que porte l’assassinat de Julien Lahaut, de Notre Julien et qu’il convient de ne pas galvauder. Vive Julien Lahaut. Vive la République. |