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Scandaleuse injustice pour les Palestiniens Version imprimable E-mail
Ecrit par Françoise Germain-Robin   
11-04-2006
En coupant l’aide financière à l’Autorité palestinienne, les dirigeants de l’UE et les États-Unis prennent le risque d’une catastrophe économique, politique et humanitaire.
Les ministres des Affaires étrangères des vingt-cinq pays membres de l’Union européenne ont pris hier une très lourde responsabilité en décidant de suspendre leur aide financière directe à l’Autorité palestinienne. Cette aide - environ 500 millions de dollars par an dont la moitié attribuée par l’Union (dont 120 millions par la Commission), et la moitié par les États membres - assurait en effet l’essentiel du fonctionnement de l’Autorité palestinienne. Cet argent servait à payer les salaires de 140 000 employés qui assurent le fonctionnement des institutions, mais aussi des services rendus à la population : éducation, santé, sécurité, poste, état civil. Or, ces salariés représentent plus du tiers de la population disposant encore d’un emploi dans des territoires où l’occupation israélienne et les bouclages quasi permanents ne cessent de faire grimper le taux de chômage. La déléguée générale de Palestine en France, Hind Khoury, affirmait la semaine dernière que la suspension de l’aide directe européenne risquait de faire grimper le chômage à plus de 60 %. Elle a de nouveau tiré la sonnette d’alarme hier en mettant en garde contre « les conséquence économiques, politiques et humanitaires catastrophiques et imprévisibles » qu’aurait la décision européenne. Une mise en garde appuyée par les organisations humanitaires, qui n’auront pas les moyens de se substituer aux aides de l’UE. Le programme alimentaire mondial estime, quant à lui, la gravité de la situation dans les territoires palestiniens est telle que cela risque de devenir catastrophique.

Hind Khoury souligne aussi le caractère profondément révoltant de cette nouvelle « punition collective » : « Il est inacceptable, dit-elle, que le peuple palestinien soit puni pour avoir choisi librement ses dirigeants au terme d’un processus démocratique voulu par la communauté internationale comme condition de son soutien. » Car les élections qui ont amené le Hamas au pouvoir avaient été exigées par ces mêmes bailleurs de fonds - l’UE et les États-Unis - qui aujourd’hui, coupent les vivres parce que le résultat du scrutin ne leur plaît pas. On a rarement vu un tel degré de cynisme.

Le premier ministre palestinien, Ismaïl Haniyeh y voit non seulement une « injustice », mais aussi un « chantage » puisque les Européens mettent des conditions à la reprise de l’aide : reconnaissance d’Israël et des accords signés avec lui et renonciation à la violence. Il a décidé de se tourner vers le monde arabe pour tenter d’éviter la banqueroute qui menace : l’Autorité palestinienne a déjà 1,3 milliard d’arriérés et n’obtient plus aucun crédit bancaire, compte tenu de la menace d’effondrement total que fait peser sur elle le boycott américano-européen.

La violence, pourtant, c’est Israël qui l’exerce, de plus en plus cruellement : au cours du week-end passé, les bombardements de l’aviation dans la bande de Gaza ont fait quinze morts dont plusieurs enfants. Ils se sont poursuivis lundi par des tirs d’obus qui ont détruit deux maisons au nord de Gaza, avec, pour prétexte, d’empêcher les tirs de mortiers par des irréguliers palestiniens du Djihad islamique ou des Brigades d’al Aqsa. Résultat de cette escalade : la trêve des actions militaires respectée depuis plus d’un an par le Hamas, pourrait bien être rompue. Cela d’autant plus que tous les canaux de communication entre Israéliens et Palestiniens sont désormais coupés : le dernier « bureau de liaison » issu des accords d’Oslo, qui fonctionnait encore à Jéricho, a été fermé par Israël hier après une décision du gouvernement Olmert en forme de déclaration de guerre : le premier ministre israélien, sans doute encouragé par les décisions de l’UE et des États-Unis, a interdit « tout contact avec l’Autorité palestinienne considérée comme une entité hostile » et annoncé l’intensification des opérations militaires. Paris a fait mine de s’émouvoir d’une « décision lourde de conséquences ». Attitude hypocrite d’un gouvernement qui participe à l’isolement des Palestiniens et ne fait rien contre une politique qui pourrait les mener au désespoir.

Article publié dans l'Humanité du 11/04/06