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Bien des commentateurs s’accordent à le constater : la campagne électorale est d’une formidable atonie. Ce qui se vérifie spectaculairement en ce qui concerne les élections européennes. Comme s’il s’agissait là d’un enjeu secondaire. Comme si le scrutin était un exercice obligé, un moment plutôt ennuyeux à passer que l’on souhaiterait avoir le plus vite derrière soi. Les conséquences des politiques de l’Union sur les choix de gestions de l’Etat fédéral, des régions et des communes ? Le sens même de la construction européenne au moment où la crise systémique que subit le monde globalisé s’aggrave ? Peanuts…
Devant ces questions essentielles, s’articulent deux types de réponses. Les « grands » partis, dits traditionnels, ne semblent rien voir, rien entendre, ni disent rien. Ou si peu. Ils ont adopté le comportement autiste des trois petits singes de la fable. Cette attitude ne serait-elle pas liée au fait que l’ambition des éléments programmatiques qu’ils proposent est inversement proportionnelle à la gravité de la situation actuelle ? D’autre part, une série de partis rêvent d’en finir avec un processus européen qu’ils voient génétiquement et définitivement soumis aux exigences du capital. Et donc une fois pour toute hors de portée de l’intervention des peuples. La messe serait dite. Telle n’est pas notre position. Mais il faut bien admettre, au vu des traités successifs, qu’il y aurait de quoi douter de la pertinence même de tout projet commun pour notre continent. La démocratie bafouée Liberté d’information, droit de vote. Ces deux conquêtes démocratiques garanties par la loi, sont aujourd’hui bafouées. Le traité de Lisbonne, « modifié » parce que le projet de traité constitutionnel avait été rejeté par les citoyens consultés, a été élaboré dans le plus grand secret. Les 27 chefs d’Etat et de gouvernement ont de fait décidé d’opposer leur veto aux droits à l’information et à la consultation populaire. Un coup de force, peut-être légal mais politiquement inacceptable. Le nouveau traité est d’évidence un clone difforme de feu le Traité constitutionnel européen, blackboulé par les Français et les Néerlandais. On y retrouve, parmi bien d’autres choses, la fameuse « concurrence libre et non faussée » qui met les peuples et les Etats en concurrence, la confirmation de la toute puissance de la Commission européenne au détriment des élus, le statut intouchable de la Banque Centrale Européenne, le démantèlement des services publics au nom des règles concurrentielles…
Des traités obsolètes Les Européens regardent avec méfiance ou désintérêt les circonvolutions de l’UE. Comment pourrait-il en aller autrement quand ils restent sur la grève et que le vaisseau Europe navigue sans boussole, tout en virant toujours d’avantage à tribord, éperonnant les conquêtes sociales ? Malgré cela, nous sommes Européens. Par profonde conviction. Mais nous sommes tout aussi délibérément attachés à l’idée qu’il est urgent de donner une autre direction à la construction européenne. Nous voulons refonder l’Europe. Nous nous situons dans une modernité utile par rapport aux certitudes des libéraux de tous bords que l’aggravation de la crise systémique du capitalisme que nous traversons semble n’émouvoir que médiocrement. Cela, alors même que les dogmes ultralibéraux, certes aussi absurdes qu’injustes, volent en éclat dès lors qu’il s’agit de voler au secours des financiers. Oubliés les équilibres budgétaires, la maîtrise de la dette publique. Et que devient la concurrence libre et non faussée quand fleurissent les mesures protectionnistes ? Quid des aides publiques, entraves à la concurrence Depuis trente ans, les lois d’airain du capitalisme et du « marché, libre et sans entraves » ont exercé leurs ravages. Le traité de Maastricht, le pacte de stabilité, le traité de Lisbonne se sont situés dans la ligne. Obstinément, la BCE, en gardienne du temple, a prôné libéralisation des services, modération salariale et flexibilité comme remèdes pour en sortir. On s’enfonce au contraire dans la crise et les inégalités. La démocratie se vide peu à peu de tout contenu.
Changer d’Europe Les dirigeants européens, véritables pompiers pyromanes, fustigent aujourd’hui les « dérives du capitalisme financier » dans une pathétique tentative de faire oublier leur activisme en faveur de la dérégulation. Face à un tel aveuglement, les élections européennes du mois prochain offrent une chance de changer d’Europe.
Rien n’est fatal. Une proposition de directive sur l’aménagement du temps de travail, présentée par la Commission et adoptée par les ministres de l’Emploi, en juin 2008, prévoyait la possibilité pour certains États de contourner la norme européenne, à savoir une durée de travail hebdomadaire limitée … à 48 heures (1). Le texte faisait explicitement référence à une durée de travail allant jusqu’à 60 heures, et même jusqu’à 65 heures. La Parlement s’y est majoritairement opposé voici quelques semaines, suivant ainsi l’argumentation du groupe de la Gauche unitaire européenne. Les rapports de forces ne sont pas figés.
Partout en Europe, des partis progressistes, communistes, socialistes ancrés à gauche, se mobilisent pour changer d’Europe. De l’Espagne à Chypre, de l’Allemagne au Portugal, de l’Italie à la Belgique et à la France, le Parti de la gauche européenne et ses 400 000 membres travaille à une alternative ambitieuse, ouverte aux syndicats, aux associations, aux femmes et aux hommes qui s’engagent sur le terrain de la construction d’une autre Europe. Avec les 29 partis membres du PGE ou observateurs représentant 23 pays, nous avons cosigné une plate-forme électorale commune pour une Europe sociale, démocratique, écologiste, féministe et pacifiste. Notre Europe, l’Europe des peuples se conjugue au futur.
Pierre Eyben, Maurice Magis, porte-parole du Parti communiste (Wallonie-Bruxelles)
1. L’Espagne et la Grèce avaient voté contre. La Belgique, Chypre, la Hongrie, Malte et le Portugal s’étaient abstenus. |